Construction du Solaire 34

Le contreplaqué-époxy
Le Solaire 34, que j’ai construit  pour réaliser le tour du monde, est réalisé en contreplaqué d’Okoumé renforcé de tissus de verre. Le lien entre ces deux matériaux est obtenu grâce à la résine époxy. Cette résine étanchéifie le bois, et sert également à la réalisation de collages et de joints.

Le contreplaqué est composé de plusieurs couches de bois qui se croisent et qui sont collées entre elles. On obtient ainsi un matériau rigide et relativement léger. En revanche, le contreplaqué accepte mal les chocs ponctuels. On sait par ailleurs que le bois est à peu près deux fois moins résistant en compression qu’en traction. On sait aussi que ses caractéristiques mécaniques chutent en même temps que son taux d’humidité augmente.

Découpe de l'escalier de descente en contreplaqué de 30 mm

Découpe de l’escalier de descente en contreplaqué de 30 mm

La combinaison du bois, du verre, et de l’époxy  permet de créer un nouveau matériau qui possède ses caractéristiques propres, tout en gommant les défauts que peuvent présenter ses composants pris séparément.
De plus, l’époxy plus ou moins chargé devient colle, mastic, enduit, ce qui facilite grandement la réalisation de collages et de jonctions entre panneaux.

Ce nouveau matériau est un peu plus rigide que le bois.
Ce nouveau matériau est étanche.
Ce nouveau matériau résiste beaucoup mieux aux impacts et efforts ponctuels.
En croisant les fils du bois (+) et les fils de verre (x), on obtient un matériau très homogène.
En orientant  les fils de verre dans le sens des efforts,  on peut optimiser la structure.
On a le choix de la proportion bois/verre en fonction des contraintes.
On peut stratifier d’un seul côté du contreplaqué, ou des deux côtés. Dans ce dernier cas on obtient une sorte de sandwich très solide.
Notez que le fait de stratifier l’extérieur garantie un minimum d’épaisseur de résine, et donc d’étanchéité.

Au total, un voilier fabriqué en contreplaqué-verre-époxy présente un bon rapport poids/solidité/prix.
Et c’est tout à fait ce qu’il me fallait…

Plancher structurel et aménagements du Solaire 34, en contreplaqué Okoumé.

Plancher structurel et aménagements du Solaire 34, en contreplaqué Okoumé.

 

 

 

Et si c’était à refaire…
Construire mon bateau était devenu une nécessité, mais n’a jamais été un rêve. Même si je suis fier de l’avoir fait. Nécessité, car pour repartir autour du monde, il me fallait un bateau très adapté, assez particulier. Or il n’en existait pas sur le marché, et le faire construire par un chantier était au-dessus de mes moyens.
Alors, si c’était à refaire, oui je le referais.
Est-ce que je m’y prendrais de la même manière?
– Oui parce qu’avant de commencer je n’avais que très peu d’expérience dans la construction navale;
– Non, car j’ai tellement appris pendant cette construction, qu’aujourd’hui je vois le choses bien différemment.
L’analyse de ce décalage avant/après, débutant/confirmé, peut intéresser ceux qui hésitent à se lancer dans une construction individuelle. Mais tout est une question de temps…

Pièces d'aménagement en cours de collage

Pièces d’aménagement en cours de collage

Une lutte continue contre la perte de temps:
Voilà quelques chiffres sur la durée de chantier du Solaire 34, premier défi que je me suis lancé dans le cadre du Tour du monde en trois défis.
Durée totale de la construction: 21 mois, à temps plein, et seul pour 98 % de ce temps.
Soit pratiquement 4000 heures de travail en tout.
Répartition du temps de construction:
– Construction de la coque (avant retournement): mannequin, cloison, bordage, stratification, enduit, primaire époxy : 3 mois. (15% du temps total, seulement !)
– Aménagements principaux, cloisonnement, boitier de quille, varangues, cockpit, tous travaux avant collage du pont: 4,5 mois.
– Finition des aménagements, plomberie, roof, stratification du dessus, quille, safrans, peintures… 10 mois.
– Equipement, électricité, électronique, pose accastillage, cadènes, ferrure safran, hublots, panneaux, gréement, mise en place des appendices, mise à l’eau: 3,5 mois.
Remarquez que le Solaire est aménagé très simplement (certains diront qu’il est rustique), qu’il n’a pas de moteur (pour l’instant), ni de salle de bain…
On sait, mais on ne veut pas trop le croire, que ce sont les finitions qui prennent un temps énorme.

10 mètres, c'est grand dans le chantier, mais petit en mer...

10 mètres, c’est grand dans le chantier, mais petit en mer…

Travaux confiés à des professionnels:
– La découpe numérique du mannequin et de 80 % du contreplaqué.
– La tôle de quille en acier spécial.
– La fonte du bulbe plomb.
– La fabrication des moules des safrans.
– Le Mât et le gréement dormant.
– Les voiles. Certaines d’entre elles ont été achetées d’occasion et recoupées.

Jacques Riguidel