Cahier des charges

 CAHIER DES CHARGES D’UN VOILIER DE 10 MÈTRES EN BOIS

Le voilier :

Je voulais la même taille que Fréquence Jazz. Mais après étude, je me suis rendu compte qu’un peu de volume en plus me permettrait de caser des petits ballasts et de « matosser » la charge. Donc je suis passé de 9,73 m à 10,40 m. De plus, j’ai envie de retrouver le plaisir de naviguer sur un voilier en bois.

 

Plus précisément :

– Un voilier solide (il faut d’abord arriver) à tous points de vue (coque, appendices,gréement).

– Polyvalent et capable de vitesses moyennes élevées à toutes les allures.

– Une excellente stabilité de route pour pouvoir utiliser un régulateur d’allure, et des barres légères.

– Doté d’une courbe de stabilité adaptée aux risques de mer énorme.

– Economique (il faut d’abord partir) : pas de matériaux ni de mise en œuvre couteux.

Cela implique notamment de trouver les meilleurs compromis :

– Entre finesse et puissance pour le près.

– Entre légèreté et stabilité de route pour les allures portantes.

– Entre solidité et poids pour naviguer vite et en sécurité.

Les autres principales contraintes sont :

– Longueur maximum 10,40 m (34’)

– Tirant d’eau maximum 2,50 m

– Largeur maximum : 3,50 m

– Charge au départ : pratiquement une tonne dont la moitié de consommable, et qu’il faut pouvoir matosser.

– Prévoir l’emplacement des panneaux solaires.

 

Vue globale du prototype solaire 34

Vue globale du prototype solaire 34

 

Je fonctionne comme çà, en mer :

Je suis convaincu que le marin doit éviter les fatigues inutiles, éviter de se mouiller, éviter de se refroidir, économiser et rentabiliser son énergie.

Au large, je ne barre pas : ma préférence va au régulateur d’allure pour cette tâche. L’avantage de cet appareil, c’est que sa puissance est proportionnelle à la vitesse, sans consommer d’électricité. L’inconvénient, c’est qu’il lui faut au moins 4 nds de vent apparent et 2 nds de vitesse pour réagir correctement. Il faut considérer le régulateur d’allure comme un appareil qu’il faut régler au même titre que les voiles, dans le but d’obtenir le meilleur rendement du système.

Je passe des heures (le plus souvent à l’intérieur) à surveiller les voiles, la mer, le comportement du bateau, et intervient souvent sur les réglages de voiles et de barres qui sont tous à portée de la main,c’est-à-dire près de la descente.

De l’intérieur, je dois pouvoir surveiller l’extérieur, quelle que soit mon activité. La descente se fera le plus directement possible, et pourra se fermer par une porte étanche. L’idéal serait un lieu de vie concentrant couchage,cuisine, navigation, veille.

A l’intérieur, la charge (matériel, nourriture,liquides, voiles, JR,…) pourra être matossée d’un bord à l’autre.

 

Solaire 34, vue latérale

Solaire 34, coupe latérale

 

Le voilier doit posséder une excellente stabilité de route à toutes les allures et par toutes forces de vent. Ce critère est plus important que les possibilités de vitesses maximales et ponctuelles. La capacité à atteindre facilement la vitesse de carène est plus importante que les aptitudes au planning.

Au près, le voilier doit être légèrement ardent. Je préfère qu’il ne soit pas gitard, car la gite est énergivore pour le marin. Il doit être assez puissant (et rigide, et solide) pour utiliser sa longueur, et pouvoir aligner des journées de 150 milles dans la brise, contre la houle du large. Dans la brise, le voilier ne devra pas devenir mou.

Au portant, c’est mieux qu’il soit plutôt mou. La route suivie implique de devoir descendre dans le vent plutôt que de tirer des bords de largue. Tangon et voiles de poussée sont indispensables.

Dans le petit temps, j’aime que le voilier puisse se déhaler aisément. Pour un tour du monde à l’envers sur un petit bateau, cette qualité ne doit pas être obtenue au détriment de la solidité du système.

Dans les phases de transition, la facilité de manœuvre est un atout qui ne doit pas poser de problème sur un voilier de 10 mètres. En revanche, porter la toile du temps nécessite un jeu de voile complet.

 

Construction

Elle sera aussi rapide que possible, et donc envisager les solutions les plus simples.

Ma préférence va au bois (CP époxy), car c’est le matériau que je préfère travailler, et qu’il fait partie des arguments idéologiques de trois challenge.

Le plan de structure devra comporter au moins 4 cloisons étanches (dont certaines pourront être ouvertes pour la reconversion du voilier) délimitant 5 compartiments (plus les ballasts).

Toutes les parties de la coque et du pont seront visibles et accessibles de l’intérieur.

La quille sera démontable.

Un emplacement sera prévu pour un moteur S drive,monté ultérieurement.

Le mat et la bôme seront en aluminium. Le gréement dormant sera en inox, et le courant en dyneema.

 

Energie

L’énergie électrique sera fournie par les panneaux solaires, disposé sur le roof et sur un mâtereau.

La forme du roof sera dessinée pour recevoir des panneaux solaires souples (plus légers), orientés de chaque bord de 60° à 90°du soleil.

 

Sécurité

La philosophie de ce voyage est l’autonomie. La demande d’assistance ne fait pas partie du concept. Le navigateur doit pouvoir ramener son bateau, même blessé.

Abordages et chavirages sont les deux dangers principaux au large.

Les conséquences des abordages seront étudiées afin de permettre :

– Une flottabilité correcte avec un compartiment envahi.

– Une réparation en mer (coque, structure, appendices, gréement).

Les chavirages sont considérés comme des événements naturels dans les mers du sud pour un voilier de 10 m. Il convient d’étudier particulièrement la courbe de stabilité pour obtenir un point de chavirage réel au-delà de 135°. De plus, le voilier à l’envers sera le plus instable possible. Enfin, le gréement sera assez solide pour résister à la violence des chavirages.

 

Coupe de face de solaire 34

Coupe de face de solaire 34

Arbitrages

Le budget ne sera pas extensible. Je pense qu’il est plus efficace de concevoir un voilier raisonnablement simple de construction, et de partir avec un jeu de voiles très complet et des équipements cohérents, que l’inverse.

 

Conclusion

L’enjeu est de trouver le juste compromis pour faire un bateau rapide à toutes les allures, relativement facile à mener en solitaire, compte tenu de la taille imposée et de la charge embarquée… d’un budget restreint, avec possibilité d’envisager une seconde carrière en croisière rapide… Un véritable mouton à 5 pattes !

 

Jacques Riguidel