Construire son bateau

 

Construire mon bateau, c’était la seule solution pour repartir autour du monde.

Vingt et un mois après avoir reçu dix palettes de contre-plaqué, le Solaire 34 est à l’eau. Il est assez réussi. Avec plus d’expérience, il aurait été un peu mieux, et la construction aurait été plus courte. Mais je suis globalement satisfait.

Mes amis handicapés du tournevis trouvent mon travail génial… Au royaume des aveugles…

 

Rapidement, voilà les premières leçons que je retiens de ce premier défi:

– J’ai bien fait de ne pas me lancer, seul, dans la construction d’un voilier plus grand!

– Il faut être bien installer pour travailler efficacement: un hangar isolé n’est pas du luxe, car l’époxy ne supporte ni l’humidité ni les écarts de température.

– En revanche, le Solaire 34 n’est pas un bateau simple: nous aurions pu gagner énormément de temps pendant la construction en en dépensant plus au moment de l’étude.

– Avant de commencer, j’aurais du exiger d’être en possession de tous les plans, au moins les plans généraux, tirés en grand format. Cela m’aurait permis d’avoir une vision globale de toutes la construction, quitte à demander un plan de détail lorsque cela est nécessaire. Ainsi j’aurais pu éviter certaines erreurs, des pertes de temps, des oublis, et quelques nuits blanches…

– La résine coûte 2 à 3 fois plus cher que le bois. Et c’est le bois qui donne sa rigidité à la coque.  Il est donc plus judicieux de diminuer la proportion de stratification que de rajouter des tissus couches sur couches.

– En stratifiant dans la longueur (coque et pont), j’aurais gagner beaucoup de temps sur la phase ponçage/enduit.

– La quille et le safran du Solaire 34 seront normalement très performants, mais coûtent très chers.

– L’emploi ponctuel du carbone permet de gagner en poids sur la fibre, mais aussi sur la résine.

– La construction d’un bateau est une superbe aventure. On apprend beaucoup en faisant. Quelques fois on a vraiment la trouille de se planter, surtout pour des éléments fondamentaux comme la fixation de quille, le moulage des safrans, etc… Certaines erreurs peuvent coûter cher. Généralement on est plutôt satisfait, voire étonné du résultat. Il faut être soigneux, mais pas maniaque. Il faut être concentré, tout le temps.

– Pendant la durée de la construction, on progresse en connaissances, en adresse, en capacité de mise en oeuvre, mais en même temps on se fatigue, on sature, et on sent la motivation s’évanouir. Il faut un gros mental du début jusqu’à la fin.

– Le Solaire 34 aura coûté plus cher qu’un voilier de série de taille équivalent. Mais la qualité des matériaux et leur mise en oeuvre n’ont rien à voir. Même en comparant avec des constructions professionnelles en CP époxy.

Et maintenant, on tourne la page et on regarde l’océan.

 

Jacques Riguidel

Construction des aménagements du Solaire 34