Interview de Jacques

L’AVENTURE VUE PAR L’AVENTURIER

Par Muriel Widmaier

(2014)

 

Qu’est-ce qui vous pousse à repartir en mer ?

Jacques Riguidel: « C’est tout d’abord l’envie de retrouver la mer en solitaire. C’est quelque chose de fabuleux. Je n’ai pas trouvé d’expérience plus forte dans la vie. J’ai envie de connaître à nouveau cet état de grâce, de retrouver cet équilibre difficile à décrire entre le fonctionnement du bateau en mer et sa propre personne, de recommencer à diriger le bateau en même temps que ma vie. C’est aussi un trait de mon caractère:  J’aime entreprendre, concevoir, surtout quand ça va à l’encontre des idées reçues.  »

Jacques Riguidel sur Solaire 34

Jacques Riguidel sur Solaire 34

 

Qu’implique le fait de naviguer à vents contraires ?

 Jacques Riguidel:  » Lorsqu’un tour du monde suit le sens du vent, comme celui que  j’avais réalisé avec mon voilier Fréquence Jazz, le bateau glisse, comme un surfeur poussé par le vent. Quand le surfeur remonte les vagues, il lui faut beaucoup d’énergie. Autant il est facile de glisser avec la vague, autant passer au travers est ardu. Un bateau, pour affronter les vents contraires, doit être vraiment préparé. Et le navigateur aussi : un monocoque qui remonte contre le vent n’est pas à plat, il est gîté de 25 ou 30°. On avance beaucoup moins vite, on navigue plus longtemps, on reçoit bien plus de chocs. « 

 

Qu’appréhendez-vous le plus dans la réalisation de votre nouveau projet ?

Jacques Riguidel: » J’appréhende plein de choses, l’inverse serait de l’inconscience. Pour l’instant, j’appréhende la mise à l’eau du bateau. Le plus dur, c’est en ce moment. »

 

  Quelle préparation physique et mentale nécessite un tour du monde de 250 jours en solitaire ?

Manoeuvre au winch central

Manoeuvre au winch central

 Jacques Riguidel: » Je ne suis aucune préparation physique particulière. Un mode de vie sain suffit, et je l’ai, sans me forcer. C’est sans doute l’aspect psychologique qui est difficile. Cela implique en particulier de partir en ayant le sentiment d’avoir tout fait.

Dans la pratique cependant, l’aspect technique prend le dessus. Pour un tour du monde sans escale et donc sans ravitaillement, on ne peut rien oublier. La meilleure préparation est d’alterner entre navigations et bricolage, pour améliorer le bateau au fur et à mesure et être sûr avant le départ de pouvoir bien manoeuvrer et vivre dans le bateau.

En somme, il faut être irréprochable dans tous les domaines, il faut être impeccable . Sans non plus être trop maniaque: certains ne partent jamais ! »