Renoncement

Il y a des réalités qui sont dures à accepter et des décisions qui sont difficiles à prendre.
Et puis il y a le déclic, la crainte de tout perdre, la peur de passer dans l’au-delà, l’eau de là.
La réalité remonte à la surface comme pour te dire: fais gaffe, la prochaine fois il n’y aura pas de circonstance atténuante.

J’ai à nouveau entamé ce tour du monde en solitaire en sachant que je devais prendre en compte cette santé dégradée. Ce faisant, je me suis prescrit un défi supplémentaire: celui de composer avec une importante diminution de potentiel physique.

La neuropathie périphérique ronge les nerfs par leur extrémité, en commençant par ceux des membres inférieurs. Les conséquences sont multiples: diminution sensorielles et motrices, atrophie des muscles, instabilité, contractions involontaires, tremblements, crampes, douleurs diverses… De plus, le coût énergétique de toute activité étant plus important, la capacité à produire des efforts est réduite, ce qui impose des temps de repos majorés, et une gestion énergétique constante.
Par ailleurs, je souffre d’atteintes radiculaires (nerfs abimés côté colonne vertébrale) qui augmentent les symptômes de la neuropathie.

J’avais repris la mer en toute connaissance de cause. Pour relever ce quatrième défi, je me suis préparé physiquement, et adapté le Solaire 34 à cette contrainte supplémentaire.

Mais la maladie a gagné, car elle accélère plus vite que mes possibilités d’adaptation. La médecine n’y peut rien: il n’existe pas de traitement.

Je dois renoncer à ce tour du monde, et renoncer à la navigation en solitaire.

Vous m’avez suivi, vous avez offert votre soutien, votre aide, votre temps, votre matériel, votre argent, souvent même avant que je le demande. Pour cela, je ne vous remercierai jamais assez, et vous pourrez toujours compter sur ma fidélité.
A vous tous qui avez cru en moi, par passion, qui avez misé sur le Tour du monde en trois défis, je présente mes excuses. Excuses de n’avoir pas été à la hauteur de mes ambitions. Excuses de vous avoir emmené dans un sillage sans ligne de d’arrivée et même sans ligne de départ.
Je n’aurais réalisé que deux défis sur trois: construire le bateau, et naviguer « en solaire ».

Il reste un joli bateau, Solaire 34, solidement construit, bien équipé, performant.  J’espère qu’il va continuer sa carrière aux mains d’un(e) capitaine qui saura le mener au large . Pour votre information, il vient de réaliser 200 milles en 24 heures, à pleine charge. J’aimerais qu’il puisse tourner quand même autour du globe, d’une manière ou d’une autre!

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SOLAIRE 34, A VENDRE